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Portrait de la créatrice de mode Marcia de Carvalho. Interview parue dans le magazine Flow

Publié par Márcia de Carvalho , le

Portrait de la créatrice de mode Marcia de Carvalho. Interview parue dans le magazine Flow

Le magazine FLOW a consacré son portait du mois de Décembre à notre créatrice, Marcia de Carvalho.  Voici la retranscription intégrale de l'interview.

 

"C’est une créatrice originale et pas tout à fait comme les autres. Depuis dix ans, elle incarne l’upcycling intelligent et solidaire en menant une double vie de styliste et d’entrepreneuse sociale."
 

 

PASSÉ

Très jeune, j’ai eu envie de changer le monde 

Quand je me rappelle mon enfance, c’est surtout ma grand-mère qui est au premier plan : mes parents travaillent beaucoup et comme ils voyagent, ils ne sont pas souvent là.

Ma grand-mère Arminda est géniale; avec mon grand-père, Raul, ils ont une ferme, une maison coloniale superbe, dans les terres de l’Etat de São Paulo, au Brésil, avec des vaches, des cochons, des poules.

Tout est produit sur place et évidemment tout est bio. On boit le lait des vaches, ma grand-mère fabrique son propre fromage, les animaux mangent le sorgho des champs voisins. Avec mes soeurs Luciana et Regina, on joue dehors, on s’invente des histoires avec les animaux...Je passe des heures à la fenêtre de ma chambre, à observer les fleurs, les oiseaux, la végétation luxuriante. Plus tard, mes parents s’installent sur des terres voisines pour cultiver du café. Notre maison familiale est construite dans une petite clairière, au milieu d’une petite forêt, avec une cascade. C’est tout simplement magnifique.

Au mariage de ma tante, je tiens la main de ma soeur. Mon père est derrière avec ma tante. Au mariage de ma tante, je tiens la main de ma sœur. Mon père est derrière avec ma tante.
À 6 ans, avec mon bikini en crochet. À 6 ans, avec mon bikini en crochet

 

Tout près de la maison, il y a une voie de chemin de fer désaffectée et, enfant, je m’assois au bord des rails avec ma flûte. Ensuite, quand je me mets à la guitare, c’est là que je vais aussi, pour jouer tranquillement, et m’inspirer du paysage. Le samedi est dédié aux copines, on passe les unes chez les autres, on va faire du sport ou pique-niquer dans un champ. On fait tout à vélo ou à pied. C’est très gai, et on rit beaucoup. C’est un parfait équilibre entre solitude inspirante et compagnie joyeuse. Une enfance en toute liberté.

Mon père est un touche-à-tout génial : il invente des machines, il lance plusieurs entreprises, et il a cette particularité amusante : chaque fois qu’une personne de sa connaissance est obligée de quitter son travail et risque le chômage, il monte une entreprise avec elle ! Il lui demande à quoi elle s’intéresse, et c’est comme ça qu’il se retrouve à construire une usine de glaces exotiques en Amazonie, à élever des grenouilles, à planter du café avec mon grand-père. Tout est possible avec lui, il suffit d’avoir des idées…

Mon premier défilé Mon premier défilé en tailleur veste pantalon.
Ma mère, en robe bleue, avec mes deux sœurs. À gauche, Maria Augusta avec sa fille qui portait la première robe que j'ai réalisée. Ma mère

 

Ma mère travaille dans la mode : elle crée d’abord un atelier d’uniformes, puis ouvre une première boutique, une deuxième, et enfin toute une chaîne à travers l’Etat de São Paulo. Maman est vraiment l’entrepreneur de la famille; elle vend des marques en vogue dans le pays, organise des défilés…

Elle n’est pas très présente parce qu’elle adore son métier, et doit aller chaque semaine à São Paulo ou Rio pour voir les nouvelles collections.

Mon premier contact avec la France est littéraire : je suis emballée de découvrir, au cours de ma scolarité, les philosophes des Lumières. Et particulièrement Montesquieu, dont j’apprends par cœur les textes, comme “une injustice faite à un seul est une menace pour tous…”

A l’adolescence, je dois, décider vers quelle voie m’orienter et je n’ai aucune idée. La seule chose que je désire, c’est changer le monde, voilà le métier dont je rêve ! Parce que même si mon enfance est formidable, je me rends très vite compte des inégalités sociales au Brésil.

Je commence donc des études, en sciences sociales, d’anthropologie politique. Et comme je suis très curieuse d’approfondir la langue de Montesquieu, je m’inscris en français, mais aussi en italien, en allemand et en anglais, pour faire bonne mesure. Je tâte même un peu le latin et de grec. Je suis curieuse et un brin hyperactive...Après avoir fini ce cursus, je m’inscris en psychologie, ce qui signifie encore cinq ans d’études. A vrai dire, je ne sais pas très bien quoi faire plus tard, je n’ai qu’une vision très floue de l’avenir…

Quand une de mes meilleures amies, Beatriz, m’annonce : “ Je pars à New York!”, je décide en cinq minutes de l’accompagner.

Je bourlingue entre New York et la Floride, et puis, mon amie Lycia, qui m’avait proposé un travail dans son agence de voyages, m’invite à accompagner un groupe avec elle à travers l’Europe.

C’est l’éblouissement.

 

PRÉSENT

“ J’aime la maille pour son infinité de possibilités créatrices”

J’explore donc l’Europe dans des conditions fastueuses, en logeant dans de grands hôtels magnifiques.

 

La première fois que je découvre Paris, il pleut, je vois la pluie tomber à travers les fenêtres du Concorde Lafayette, tout près de la gare Saint-Lazare, j’ai un énorme coup de foudre, je me dis que je ne peux plus repartir !

Je retourne quand même à São Paulo pour me défaire de mon appartement, vendre ma voiture, ça me fait un peu d’argent, et je reviens à Paris pour m’inscrire à la Sorbonne. J’ai 21 ans, je suis libre, je troque la suite de luxe pour une chambre de bonne dans le 14ème, rue de la Tombe-Issoire. Je rencontre une styliste de mode, Véronique, qui a des clients au Brésil. Elle me propose un échange : de mode, et moi, en échange, je lui apprendrai le portugais. Ces leçons “sauvages” vont décider de la suite.

J'arrive à Paris à l'âge de 21 ans J'arrive à Paris à l'âge de 21 ans.
Tout est possible.
En première année d'école de stylisme à Paris. En première année d'école de stylisme à Paris

J’ai enfin le déclic, j’ai trouvé comment combiner mes envies créatrices, je veux être styliste. Je m’inscris à une école d’art de la rue Falguière tout en travaillant à mi-temps. Et un jour, je prends mon dossier bourré d’esquisses, de croquis, de dessins de mode  et je file place Vendôme voir la marque Comme des garçons, que j’adore à l’époque. Mon dossier leur plaît et ils me demandent s’il n’y a pas de problème pour moi de travailler à Tokyo. Je réponds : “Aucun problème !”. Je débarque juste avec une énorme candeur et un peu d’audace aussi. Je vais aussi chez Popy Moreni, toujours mon carton à dessins sous les bras, et là, coup de chance, on m’engage immédiatement. Je suis responsable des licences, et donc amenée à aller au Japon très souvent.

Au milieu de la nature que je trouve l'inspiration C'est quand je suis au milieu de la nature que je trouve l'inspiration.

Comme j’adore la maille-ma mère a démarré avec un atelier de maille, je suis quasi-née là dedans, je développe leur gamme, les Japonais sont ravis, ça marche formidablement bien. Ce qui me décide à monter ma propre marque “Marcia De Carvalho”, pour créer de la maille Made in France, en travaillant avec des filatures françaises de Tourcoing et Roubaix.

 

Mes collections?

Des pièces graphiques très colorées, avec des juxtapositions de teintes, je dessine des corsets avec lacets, version maille...Ce que j’aime cette matière fluide et souple, c’est son confort extraordinaire, et l’infinité des possibilités créatrices, le mélange des fils et des couleurs. Très vite, ça marche bien : on exporte au Japon, aux États-Unis. Parallèlement, je continue à travailler pour d’autres marques; je développe la collection maille de Paule Ka; je travaille pour Chloé, pour monsieur Lagerfeld, pour Azzaro, pour Torrente. Je voyage beaucoup pour visiter des usines dans le monde entier, en Italie, bien sûr, mais aussi au Japon, en Inde, en Chine.

Entre-temps, j’ai rencontré le papa de mes enfants, peintre et graphiste, j’ai deux garçons, Gabriel et Raphaël, et nous partons vivre à Saint-Rémy-de-Provence. Après notre séparation, je retourne à Paris avec les enfants et on me propose d’ouvrir une boutique rue des Gardes dans le quartier de la Goutte-d’Or. C’est un projet commun de la Ville de Paris et de la Fédération française du prêt-à-porter pour apporter un autre souffle et une nouvelle activité à ce quartier déshérité.

Avec mes 2 garçons Avec mes deux garçons, Gabriel et Raphaël.
Avec Raphaël, quand il était bébé.
Mes enfants, c'est le bonheur absolu.
Avec Raphaël

En arrivant à la Goutte-d’Or, j’ai envie de travailler avec les habitants du quartier et l’association des Enfants de la Goutte-d’Or. Je leur propose des ateliers. Ils y apprennent des tas de techniques, comme le crochet ou le tissage, en recyclant des vieux pulls. L’objectif, c’est d’aider à  la concentration, de développer la créativité, de donner l’envie de faire ensemble; et pour les femmes qui sont éloignées du travail, parfois aussi de la vie sociale, c’est une manière de les réunir, de passer de bons moments ensemble. Nous travaillons avec un centre d’hébergement d’urgence, des femmes de tous horizons, souvent victimes de violences conjugales.

Je réfléchis en ce moment avec des spécialistes pour apporter des pédagogies efficaces et positives, et les associer à la création du contenu thérapeutique.

L’idée est de (re)donner à ces femmes confiance en elles. Qu’elles puissent avancer plus légères.

J'aime mon métier J'aime mon métier : il allie la création, l'écologie, la beauté, la solidarité...
Je porte sur moi le fruit de mon travail. Je porte sur moi le fruit de mon travail

 

FUTUR 

“ La slow fashion, l’upcycling sont des valeurs que je défends”

C’est  en cherchant une idée pour un concours de la Ville de Paris que je pense au recyclage de chaussettes. Je réfléchis, je marche un peu de long en large, j’ouvre sans y penser le tiroir d’une commode de l’un de mes fils. Et je tombe sur un tas de chaussettes dépareillées, qui dorment d’un sommeil paisible, sans doute depuis des années. J’ai l’idée de les couper et d’en faire des manches à mettre quand on a froid; elles se transforment aussi en un petit béret et, assemblées, en un manteau parfait. De l’upcycling parfait !

Cette histoire de chaussettes orphelines, ça me plaît beaucoup, j’imagine déjà une collection, mais j’ai besoin de matière première. Il faut donc se faire connaître, organiser des collectes…

Un jour, lors d’un ramassage à la mairie du 18ème, je fais connaissance d’un monsieur qui me dit avoir des tonnes d’échantillons de chaussettes, il était représentant. Il vient les déposer à l’atelier et c’est magnifique,ça fait une montagne de chaussettes. J’ai envie de les emporter au Palais de Tokyo pour une installation tellement c’est beau ! Mais ça fait beaucoup de travail pour trier, ranger, stocker et, très vite, je me dis qu’il faut passer à une autre étape; les chaussettes sont des pièces petites, et c’est difficile d’en faire autre chose que des patchworks. J’ai alors l’idée de les détricoter : le fil permet en effet de répartir sur la matière de base, c’est facile de retricoter des vêtements, des sacs, toute une gamme de produits. Il me faut quand même quelques années avant de rencontrer un industriel du Sud-Ouest qui me dit être prêt à essayer.

Les essais sont concluants : les chaussettes sont transformées en fibre, laquelle est ensuite filée en bobines. Et on a un nouveau fil à tricoter. C’est une parfaite économie circulaire. L'entreprise génère de l’emploi via insertion, on travaille avec Espérance, une filiale d’Emmaüs, qui se charge de trier les chaussettes par couleurs : ça évite la teinture, donc ça utilise moins d’eau, moins de produits chimiques, etc.

Il faut savoir que la mode est une des industries les plus polluantes de la planète.

La slow fashion et l’upcycling sont des valeurs que nous défendons.

Consommer mieux, c’est consommer moins, et c’est aussi réduire les déchets. Des entreprises comme Hermès, L’Oréal ou Bouygues organisent des collectes à leur siège, tout le monde est impliqué : collecter des chaussettes, c’est fédérateur, et ça fait sourire les gens. Selon moi, les consommateurs doivent devenir acteurs, consommer moins et mieux.

On lance une opération où les gens peuvent nous envoyer leurs chaussettes à chaque achat sur notre site. Ainsi, nos clients s’engagent avec nous sur tous les impacts positifs du recyclage et avec nos actions solidaires. C’est juste le contraire de la fast fashion.

Marcia

Aujourd’hui, quand on parle de l’environnement, on peut sombrer dans le pessimisme, mais je m’y refuse, je préfère garder de l’énergie pour agir, un peu comme Cyrano, un héros que j’adore. Je me bats, je trouve cette énergie beaucoup plus positive. Je tiens peut-être ce tempérament optimiste de mon père, je n’aime pas être triste, j’ai besoin de me sentir bien.

Cette histoire de chaussettes orphelines, ça me plaît parce que j’ai à cœur de remettre du sens dans la mode, de la responsabilité dans ce métier en rendant plus visibles les choix de fabrication.

Faire de l’inutile quelque chose de joli et d’utile.

Mes secrets de bien-être : je crée, je passe du temps avec mes amis et ma famille, je m’entoure de personnes bienveillantes qui soutiennent mes projets, Sandrine, Claudine ...je pratique le yoga; j’écris des chansons : les paroles sont libres, c’est un peu comme ouvrir la porte de l’inconscient et laisser les choses sortir, c’est parfois explicite, parfois  non, mais en tous cas très libérateur.

J’ai aussi suivi toutes sortes de thérapies; ce serait tellement bien si l’humanité pouvait disposer d’un interlocuteur avec qui parler de ses petites ou grandes névroses. Pour que chacun puisse vivre au mieux chaque jour de sa vie …

Marcia de Carvalho

 

Si vous souhaitez associer mode et écologie, faites-le avec vos chaussettes en choisissant des chaussettes recyclées. Plus nous recyclons, moins nous polluons !

Noël est un bon moment pour initier la démarche auprès de ses proches. Pas besoin d’offrir des dizaines de cadeaux, seuls quelques-uns un bien choisis peuvent suffire à faire plaisir.

Faites plaisir tout en respectant la planète


 

 

> www.flowmagazine.fr

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2 commentaires


  • Bravo Marcia,
    C’est un très beau reportage qui relate ton aventure.
    Je crois profondément à ton projet.
    Cordialement

    Emmanuel Amalric le

  • Merci Marcia d’avoir continué depuis le début dans le tricot beaucoup de souvenirs dans cette appartement où j’apporté les tricots à bientôt Daniele
    GOMES

    GOmes dAniele le

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